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Commissariat d’Annemasse

Conférence de presse : des témoignages convergents

Publié le vendredi 7 avril 2006.


Le Comité de Soutien à Claude et Kadra BODO a organisé une conférence de presse le mercredi 5 avril.

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Une partie des témoins présents

Le décès de Kadra au commissariat d’Annemasse dans la nuit du 6 au 7 mars dernier continue de soulever des interrogations légitimes, et le Comité de Soutien aux côtés de Claude BODO, son mari, continue sans relâche d’exiger toute la vérité sur cette affaire, tout en dénonçant le comportement inhumain auquel sa famille a été soumise suite au décès de sa femme (pour mémoire : une nuit en cellule pour Claude lui-même et la cousine de Kadra).
A noter que dans cette affaire, la Commission Nationale Déontologie et Sécurité vient d’être saisie par Mme la Sénatrice Annie DAVID.

Deux rassemblements ont été organisés les 11 et 18 mars dernier devant la Mairie d’Annemasse, suivis de marches de recueillement et d’une minute de silence devant le Commissariat d’Annemasse. La plus grande dignité a toujours été de mise en ces circonstances. Lors de ces marches ainsi que pendant les réunions du comité de soutien, une participation croissante de personnes d’origine étrangère ou français à la peau « plus foncée » que le savoyard moyen a été enregistrée. Les langues se délient, et plusieurs témoignages de personnes ayant été traitées de manière indigne dans ces mêmes locaux ou par des fonctionnaires de police d’Annemasse ont été peu à peu mis à jour, venant renforcer certaines dépositions sur d’autres faits et agissements portés à la connaissance de la Ligue des Droits de l’Homme d’Annemasse.

Lors de cette conférence de Presse, plusieurs témoignages ont été apportés de vive voix par les personnes concernées. Sans rentrer dans les détails, le commissariat de police d’Annemasse accumule plusieurs cas troublants :

De singulières histoires où des propos racistes sont tenus auxquels la hiérarchie policière ne semble pas mettre de terme.

Par ailleurs, les cellules du commissariat sont très sales, dans une situation inadmissible pour accueillir des citoyens du pays des Droits de l’Homme.

Le Comité de Soutien a également été informé de trois autres suicides qui se seraient produits dans des circonstances analogues dans la région Rhône-Alpes ces derniers mois.

En rapprochant cette suite d’événements des récents rapports sur la situation de la Justice et de la Police dans notre pays, le comité de soutien en arrive à la conclusion que cette situation ne peut plus durer, et que citoyens et autorités doivent absolument réagir.

Le commissariat d’Annemasse ne doit pas être une zone de non-droit.


Ci-dessous, des extraits de rapports nationaux sur le fonctionnement de la police, tels que cités dans la presse :

Après Amnesty International qui dénonçait en avril l’impunité des agents de la force publique en France, la Commission Nationale de Déontologie de la Sûreté (CNDS), commission indépendante créée par la loi 2000-494 du 6 juin 2000, a publié lundi son rapport annuel 2004 qui montre que les violences commises par les policiers sont en forte augmentation.
Selon plusieurs enquêtes la police a de plus en plus souvent un comportement raciste à l’égard des jeunes issus de l’immigration, notamment depuis le passage au Ministère de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy.
Le nombre de cas dus à la police serait beaucoup plus important selon les organisations humanitaires puisque les épisodes entre la population d’origine africaine ou maghrébine, vivant le plus souvent dans la région parisienne, n’aboutissent pas tous devant la Commission, d’autant que celle-ci ne peut pas être directement saisie.
Les demandes motivées doivent être adressées à un parlementaire, sénateur ou député de son choix, à l’exception de ceux qui sont membres de la Commission et pour être recevable, la réclamation doit être transmise à la Commission nationale de déontologie de la sécurité dans l’année qui suit les faits.
Une réclamation portée devant la Commission n’interrompt pas les délais relatifs à la prescription des actions en matière civile et pénale et aux recours administratifs et contentieux. Les plaintes, au nombre de 19 en 2001, 40 en 2002, 70 en 2003, ont augmenté de 38 % en 2004.

33 % des dossiers concerne la seule police nationale et la commission note un nombre croissant de litiges survenus à la suite de contrôles routiers. Ces contrôles dégénèrent fréquemment et débouchent sur des poursuites engagées par les policiers pour "outrage à agents de la force publique" ou "rébellion". La Commission rapporte que "des mesures de contrainte" qui sont alors prises sont disproportionnées avec la réalité. Parfois, ces contrôles de police donnent lieu à des "violences inadmissibles".

La Commission rapporte un cas, des policiers en état d’ivresse qui ont frappé un Turc "à coup de matraque, de poing, de pied, en tenant des propos racistes" et celui d’un homme atteint d’un cancer frappé d’un coup de tête alors qu’il tentait d’intervenir en faveur de son fils.
Les auteurs de violence sont souvent de jeunes policiers âgés en moyenne de 25 ans. La plupart viennent de province et se retrouvent dans des quartiers difficiles alors qu’ils manquent d’expérience et de formation.
Les plaignants, eux, comprennent "un fort noyau de jeunes issus de l’immigration maghrébine de 18 à 35 ans". "Une fracture s’établit, pouvant amener des citoyens à pouvoir douter de vivre dans un Etat de droit s’ils ne sont pas traités comme tels", observe la Commission.

"Il y a urgence à mieux diriger la police sur le terrain" a réclamé le Président de la CNDS, Pierre Truche, Président honoraire de la Cour de cassation et de la Commission consultative nationale des droits de l’homme.
Le responsable de la Commission a fait par ailleurs remarquer que les dérapages concernent peu les gendarmes, qui ne travaillent pas dans les mêmes conditions que la police. Les gendarmes vivent dans des casernes et sont mieux encadrés, la hiérarchie est aussitôt informée du moindre incident.