C’est une étude très inquiétante pour les habitants de la vallée de l’Arve, autour de Passy.
Un rapport de l’ Air de l’Ain et des Pays de Savoie paru ce 15 décembre 2009 s’attache particulièrement à la (mauvaise) qualité de l’air en cet endroit.
Rendons hommage au Dauphiné Libéré qui en a fait sa une le 18 et 19 décembre.
Pour l’Air de l’Ain et des Pays de Savoie :
«
Les mesures en H.A.P. réalisées lors de l’étude ne font que confirmer la sensibilité de cette zone : à ce jour, le
site de Passy observe une des plus fortes (sinon la plus forte) valeurs enregistrées en France.
»
Et l’organisme poursuit :
| « Aux vues des niveaux de pollution particulièrement élevés
en poussières et en H.A.P., des actions peuvent être envisagées
à différents niveaux ; tant par les industriels que
par les particuliers, ou que l’Etat et les collectivités. L’Air est la propriété de tous et tout le monde peut agir pour améliorer la situation. » |
Les HAP, kesako ?

Les H.A.P. sont les Hydrocarbures Aromatiques
Polycycliques .
Qualifiés de “nouveaux” polluants car peu suivis jusque récemment, ils sont maintenant très étudiés car ce sont
des composés qui peuvent être présents
dans tous les milieux environnementaux
et qui montrent une forte toxicité.
Ils peuvent effectivement causer d’importants dommages sur la santé humaine et sur les écosystèmes.
Certains d’entre
eux, comme le Benzo(a)Pyrène dit B[a]P, sont reconnus
cancérigènes par le CIRC (Centre
International de Recherche sur le Cancer).
Ce composé, le B[a]P, est donc réglementé
et sert d’indicateur pour l’ensemble des
H.A.P. présents dans l’air. C’est effectivement
le plus étudié des H.A.P. car il
représente 40% de la toxicité globale
de cette famille.
Les H.A.P. proviennent en particulier
de
la combustion automobile, de la combustion
domestique (charbon, bois, fuel...),
de
la production industrielle (métallurgie,
fonderie...)
de la production d’énergie
(centrales électriques fonctionnant au
pétrole, au charbon...)
ou encore des incinérateurs.
Risque sanitaire :
| Les principaux HAP sont des
composés cancérogènes et le
B[a]P est l’un des plus redoutables.
Outre leurs propriétés
cancérigènes, les HAP présentent
un caractère mutagène. Ils peuvent aussi entraîner une diminution de la réponse du système immunitaire augmentant ainsi les risques d’infection. |
|---|
Les émissions de H.A.P. sur Passy semblent, d’après l’étude, être essentiellement d’origine industrielle en
lien avec l’activité de la société présente sur Chedde, SGL Carbon .
« Le Benzo[a]Pyrène étant le plus étudié des H.A.P. et représentant 40% de la toxicité
globale de cette famille, la réglementation l’a retenu comme traceur du risque cancérogène
pour l’ensemble de la famille des H.A.P. C’est donc le seul polluant de cette famille à
être réglementé ».
Ce qui veut dire que 60% de la toxicité des H.A.P. potentiellement existants ne sont pas observés... donc que le risque sanitaire est encore plus important compte-tenu d’une accumulation probable au delà du seul B[a]P étudié comme traceur !


Il faut noter cette phrase très inquiétante du rapport (page 18) qui montre la variabilité de la situation (en fonction du type de production de l’usine ?) :
« A Passy, la concentration journalière en Benzo[a]
pyrène est multipliée par 860 entre le minimum et le maximum ! C’est quelque
chose que l’on ne rencontre pas pour les polluants dits classiques. »
Il y a donc un phénomène spécifique à cette pollution dramatique par les H.A.P. sur Passy. Par ailleurs, l’organisme Air des pays de Savoie indique qu’il remercie « SGL CARBON de leur coopération exemplaire lors de cette étude. Nous avons travaillé en partenariat et en toute transparence. »
Il nous faut aussi rappeler que la concentration en poussières en cet endroit de la vallée atteint déjà des sommets inquiétants plusieurs fois par an.
Nous avions déjà signalé ce fait en 2008, à la même époque de l’année : voir cet article .
Comme il est indiqué dans le rapport (page 15), toujours à propos des poussières : « Compte tenu que Passy a dépassé la valeur limite en 2008 en enregistrant 50 dépassements de la moyenne journalière de 50 μg/m3 (pour 35 autorisés), on peut en conclure que Chedde ne respecte également pas cette valeur réglementaire. »
Poussières partout, bon air nulle part !
Compte-tenu de la combinaison des poussières et des H.A.P. , il faudrait aussi :
On nous permettra d’ajouter que vouloir la construction d’un " village olympique ", sur la plaine agricole, atteint les sommets de l’absurde : on souhaite désormais bien du plaisir aux "décideurs", qui vont proposer prochainement cette implantation, pour convaincre la population de l’excellence de leurs choix ! Il semble qu’il y ait d’autres urgences...
Rappelons la profondeur de la méconnaissance et même le caractère grave de désinformation sur cette question lors de la phase à la candidature J.O. interne à la France. Le CNOSF indiquait « Les niveaux de pollution des sites olympiques de montagne proposés par ces trois villes (Nice, Annecy, Grenoble) sont très faibles dans un cadre montagnard relativement protégé » : voir cet autre article.
... Le “bon air” de Passy-Chamonix
, alors qu’en hiver, il est pire que celui de Paris !
Vaccinons peut-être contre H1N1, mais distribuons plutôt un masque à gaz aux habitants.
Quand les effets cumulés des diverses pollutions, notamment sur les organismes des enfants et des adolescents, auront leurs pleines conséquences dans quelques années, il sera tard pour stopper les méfaits d’une telle situation.
Le scandale sera éclatant !
Télécharger la publication sur Air-APS (29 pages)
Télécharger un résumé sur Air-APS (2 pages)
Télécharger le rapport de l’INERIS sur les effets du Benzo(a)Pyrène en milieu professionnel (2007).
Un extrait :
